Une peur traverse invariablement les âges politiques : « si l’on embête les riches, ils vont partir et on aura bonne mine, car il n’y aura plus de quoi faire bouillir la marmite, plus d’investissements, plus d’initiatives ». De fait, tout s‘écroulera …
La France se transformerait donc indubitablement en un désert où la population chercherait une maigre pitance dans des poubelles vidées de la substance que l’ex bombance de la société de consommation pourvoyait du temps où les nantis roulaient carrosses dans des villes lumières. Une analyse des données économiques démontre qu’il n’en est rien …
Cette peur fut pourtant utilisée abondamment pendant la Commune – prenant appui sur le souvenir des émigrés de la Révolution française – en 1968 (où les chars étaient soi-disant aux portes de Paris …), à l’arrivée de Mitterrand (des ministres communistes, le couteau entre les dents !), ou encore sous Jospin (bizarrement un peu moins, car celui-ci avait un tantinet tiré les bénéfices de la politique pré-réformiste de son prédécesseur, Edouard Balladur). Ca vous la coupe de lire cela sur detoxinfo, n’est-ce pas ?.
Pour contrer cet effroyable risque d’injustices sociales, le « président du peuple » a mis en place une martingale implacable au nom évocateur : la loi TEPA (Travail Emploi et Pouvoir d’Achat), en quatrième vitesse. Elu en mai 2007, l‘affaire était bouclée devant le Parlement, quatre mois plus tard. Cette loi porte un nom désormais immortel : le bouclier fiscal. Tant il est vrai que, derrière, ses bénéficiaires ne risquent pas de prendre un mauvais coup au portefeuille.
Noël ! Noël ! Il est désormais impossible de payer plus de 50 % de ses revenus au fisc (contre 60 % auparavant) ; l’ISF (Impôt sur la Fortune) est doté d’un abattement de 30 % (contre 20 %), on allège les droits de succession très généreusement pour les plus grosses (tout doit rester dans la famille) et on défiscalise … les heures sup’.
Même en mettant cordialement de côté l’obstacle évident que cette dernière mesure oppose aux créations d’emplois – ce qui s’est révélé dans l’effondrement de l’emploi salarié – le gain que la loi TEPA offre à la collectivité (c’est un oxymore …) laisse rêveur. Comme le mensonge éhonté qui vise à légitimer la mesure française en affirmant que nos amis allemands en ont un, eux aussi, de bouclier. Manque de pot, la chancelière Angela Merkel n’en a jamais entendu parler. Mais, elle n’est plus à un mensonge près de la part de son pote Nicolas …
HORRIBILIS
La grande réforme française a-t-elle rempli son office et relancé la croissance, particulièrement la consommation intérieure ? Hélas, non.
Même le fort complaisant Insee (NDLR : Institut national de la statistique) a toutes les peines, depuis trois ans, à offrir des chiffres présentables.
En 2008, la consommation des ménages n’a augmenté que de 0,5 %, et de 0,7 % en 2009, malgré les coups de pouce gouvernementaux répétés pour doper les ventes de voitures. Et 2010 est très très mal engagé, les économistes s’attendant à une annus horribilis …
Alors, qu’est-ce que fabriquent les riches ? Et bien, ils disparaissent. Malgré toutes les gentillesses qu’on a pour eux, ils s’effacent du paysage fiscal français autant que des pôles de consommation.
Les foyers assujettis à l’ISF se réduisent comme peau de chagrin. En 2009, ils étaient en baisse de près de 7.000. Leurs occupants ne sont quand même pas tous morts !
Le ministre du Budget, François Baroin – dont la compagne, l’actrice Michèle Laroque, a été contrainte (pour garder une face républicaine) de rapatrier ses avoirs dans l’Hexagone – nous donne une piste. Ô combien significative !
Devant les parlementaires, Baroin reconnaît que le nombre de départs de fortunes vers la Suisse a sensiblement augmenté depuis l’instauration du paquet fiscal. Les ingrats !
Pourquoi tant de mépris de la part de nos possédants ? Simplement parce qu’ils s’en contrebalancent de la France. Si on ne leur sert pas sur un plateau une rentabilité sur investissement d’au moins 6 %, ils se tirent en vitesse. Au risque de déplaire au président qu’ils ont mis en place. Paquet fiscal ou pas. Ce dernier a coûté au budget 700 plaques (dont 30 millions pour Liliane Bettencourt), l’an dernier, pour rien ou presque.
Inutile et coûteuse mesure au bénéfice d’inutiles personnes ? On serait bien tenté de le croire … Et avisé d’y réfléchir, car les caisses « vides » (dixit Fillon) de la République sont mises à contribution dans une stratégie « donnant/perdant ».
Pas grave, on se rattrape sur les retraites, la Sécu ou encore l’assurance chômage …
Parce qu’il n’est toujours pas question de faire casquer les revenus du capital, à part ceux du vulgus pecum, comme l’assurance vie. En revanche, les jeunes mariés pourront se brosser pour voir perdurer le petit cadeau fiscal qui leur était fait jusqu’ici …
Margaret Thatcher (ex-premier ministre britannique et grande inspiratrice de Sarko), au meilleur de sa forme, parlait d’ « éradiquer les pauvres, car ils ne rapportent rien à l’Angleterre ».
Que doit-on faire de nos riches ? Et du « président des riches », comme le nomme, à juste titre, la sociologue Monique Pincon-Charlot imitée en cela par la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot. Car, mine de rien, on a encore deux ans à tirer et les dégâts s’annoncent irréversibles.
Putain, deux ans !


2 commentaires
Et oui deux ans ca va etre long……!!!!!
Non, pas deux ans, mais 19 mois …
Pas mal, l’idée d’éradiquer les pauvres, parce qu’en plus, ils polluent !