La lutte contre la réforme des retraites fédère, autour d’elle, une population motivée et infiniment plus nombreuse que celle à laquelle les autorités pouvaient s’attendre. La brutalité de la politique sarkozyenne, dans le moindre de ses détails, a exacerbé une maladie qui rampe depuis que la France a compris que les « trente glorieuses » ne seraient pas éternelles : la peur.
Cette peur infiltre toute la trame du tissu social. De la maternelle à la maison de … retraite, le Français dort mal. Pour la première fois, aussi cruellement depuis la seconde guerre mondiale, il a la peur au ventre. Au vrai sens du terme.
Allons-nous pouvoir continuer à manger, nous déplacer, nous cultiver, à vivre dans une société de « néo-post-consommation » comme nous nous y sommes habitués depuis (le temps passe …) cinquante ans ?
Au risque de paraître pessimistes et de casser l’ambiance, assurément, la réponse est non. Force est donc de construire de nouveaux modèles porteurs d’apaisement, rassurants et solidaires. Et surtout très pratiques.
La première émanation de ces nouveaux comportements provient d’une constatation bassement économique : la colocation. La flambée des prix de l’immobilier en Europe, de Londres à Paris, a conduit d’abord les post ados, puis les jeunes adultes, puis tout le monde à cohabiter dans des appartements inabordables en solo.
La mutualisation des coûts impose d’elle-même ses avantages. Et puis, humainement, la présence, d’un ou de plusieurs tiers, a ses avantages. Comme de célèbres séries télévisées, ou l’« Auberge espagnole » de Cédric Klapisch, les mettent en avant avec plus ou moins de bonheur … C’est, de nouveau, le temps des copains !
L’anxiété et la peur, depuis l’homme des cavernes, favorisent la constitution de groupes. Pour se protéger. De l’autre ou d‘un «soi » dont la solitude est mal acceptée. Les « gangs » modernes n’échappent pas à cette règle. Sauf que l’arme automatique remplace dangereusement le gourdin … Mais, passons sur cet épiphénomène aussi triste que bien réel.
Donc, très « vintage », les communautés reviennent en force. Sympathiques regroupements d’individus, non seulement d’un même âge, mais aussi d’intérêts communs. Peintres, motards, sportifs redevenus célibataires à la suite d’un « incident de la vie » se retrouvent ensemble comme dans la « maison bleue » de Maxime Le Forestier. Même des familles se regroupent. Il n’y a qu’un pas avant le retour franc et massif à l’ashram des nostalgiques endurcis de mai soixante-huit …
D’un autre côté, nous rejoignons ici des pratiques qui ont cours dans des pays dits « émergents ». L’ex-Union soviétique et les pays des Balkans, ou encore la Chine, connaissent bien ces conditions de logements où sont contraintes de cohabiter des générations disparates dans une promiscuité peu enviable.
Est-ce là le modèle vers lequel nous nous dirigeons, poussés dans le bas du dos par le bélier de la spéculation immobilière ?
L’EXEMPLE ALLEMAND
Pourtant, même ce scénario pas vraiment folichon peut s’écrire avec beaucoup plus d’entrain. Comme le font nos amis allemands. Certes, l’Allemagne réunifiée est le bon élève de l’Europe sur un plan économique et social.
Ainsi, Outre-Rhin, fleurissent des « Mehrgenerationenhaus », littéralement des « maisons de toutes les générations », où cohabitent, sans problème apparent, trentenaires, quadras, quincas, sexas et plus. Les anciens voient leurs solitudes allégées et les jeunes parents trouvent, dans leurs aînés, des auxiliaires garde d’enfants abordables et très volontaires.
Toujours en Allemagne, existent des « Alterswohngemeinschaft », communautés de la vieillesse, dont les ambiances n’ont rien à voir, par exemple, avec les mouroirs français (ceux au sein desquels nous sommes contraints de finir nos jours lorsque l’on ne bénéficie pas du paquet fiscal de trente bâtons remis annuellement par Bercy à Liliane Bettencourt …).
L’organisation de ces systèmes rappelle à la marge celui de certaines tribus amérindiennes. D’ailleurs, le terme tribu est très « mode ». Nous restons, en effet, en relation avec notre « tribu » grâce aux réseaux communautaires (tiens donc …) sur internet, ainsi qu’à nos téléphones portables, comme le sait tout petit génie du marketing qui se respecte et très soucieux de transformer la sociologie en argent sonnant et trébuchant. Mais, pas vraiment en valeurs solidaires …


Un commentaire
Je lis dans la conclusion "Nous restons, en effet, en relation avec
et qui se montrent
notre « tribu » grâce aux réseaux communautaires (tiens
donc …) sur internet, ainsi qu’à nos téléphones
portables, comme le sait tout petit génie du marketing qui se respecte
et très soucieux de transformer la sociologie en argent sonnant et trébuchant.
Mais, pas vraiment en valeurs solidaires …"
Comment une communauté virtuelle en prise sur le réel peut se
constituer sur le net sans une vision partagée et des valeurs communes
? Si la tribu est constituée de proches ? Alors à plus forte raison
si au départ ce sont des individus qui ne se connaissent pas …
Je ne parle évidemment pas des dérives liés aux personnes
qui se retrouvent avec 500, 1000 ou 2000 "ami(e)s inconnu(e)s sur le net
pour qui ils ne lèveraient pas le petit doigt, qu’ils ne verront jamais.
Ou plus grave, les personnes qui vont acter sans mémoire sur qui ils
ont ajoutés comme "ami(e)s" sur leur réseau social favori.
(cf http://publigeekaire.com/2010/10/les-dangers-des-reseaux-sociaux/)
Non, je parle de toutes les comvir (communautés virtuelles) qui font
sens.
Tout récemment m’est revenu le témoignage d’ un groupe de gens
qui ont sympathisés sur le net via l’activité " rv pétanques
du dimanche" (il faut de tout pour faire un monde
solidaires et présents dans la réalité vis à vis
d’une de leur membre qui connait dans le même temps revers de fortune
et deuil d’un proche.
Il est fort juste de rappeler qu’un roi du market va peu ou prou transformer
peut-être et sans doute un phénomène sociologique en opportunité
de marché. On peut se poser la question du succès de twitter sans
ce besoin pathologique de reconnaissance pour dire ce que je fais, vis et sent
au moment ou cela m’arrive à l’heure d’une société qui
vit la dichotomie village global/individualisme forcené et les douleurs
qui en découlent… solitude, absence de valorisation, isolement social.
Plus avant la dessus, l’argument de la vitesse de propagation des "twits"
supérieure à celle des fils RSS n’est pas forcément à
mes yeux un argument qui fait sens en faveur du service car les informations
sont rarement contextualisées qualifiées ou vérifiées
et ce d’autant que Twitter n’invite pas les lecteurs à commenter
les messages postés. Cela reste globalement vrai même si des sources
comme CNN ou la BBC s’en servent pour des bulletins flash. Et pourtant le service
ne cesse de monter en puissance. Force est donc de constater que le besoin a
précédé l’offre même si cette dernière
l’alimente ensuite.
Pourtant, et à l’encontre de ce que je lis , il n’en reste pas
moins vrai qu’en matière de réseaux communautaires l’adage "commence
à donner pour éventuellement recevoir" reste une
constante.
C’est vrai sur les réseaux de fédération d’individus
en audiences homogènes tels que MySpace, ou nombres de musiciens sont
dans cette logique d’échange,
C’est vrai dans les univers virtuels, comme sur les jeux en réseaux ou
j’ai souvent constaté des élans d’entraides sur des problématiques
privées de membres par le seul fait d’appartenir à la "tribu"
des gens qui chassent des "bouftous",
C’est vrai encore dans ma pratique quotidienne des réseaux en communautés
virtuelles d’apprentissage,
On trouve –oui c’est exact, pas partout et tout le temps – mais
vraiment très souvent, des valeurs de partage et d’entraide qui débutent
dans le virtuel et s’ancrent dans la réalité des individus.
Peut-être que ma vision est une déformation professionnelle, mais
je voulais donc apporter un témoignage empreint d’un peu plus d’optimiste.