Mathématiques, un dépaysement soudain, Les épaules de Darwin : le beau savoir scientifique !

On en pleurerait. De joie. Loin des télés crochets et des promesses de tenir les fourneaux d’un resto trois étoiles en moins de deux jours, la délicieuse culture refait parler d’elle. Simplement et sans manières.

L’émission de Jean-Claude Ameisen « Sur les épaules de Darwin » et les installations de la Fondation Cartier « Mathématiques, un dépaysement soudain » font vibrer notre matière grise. Elles révèlent une évidence : La philosophie des sciences, l’épistémologie est à la portée de tous. L’envol est possible.

Tous les samedis matin à 11H00, l’envoutant organe du médecin et chercheur Ameisen invite à prendre de l’oxygène, de la hauteur, et décortique la connaissance sous toutes ses formes, sous tous ses aspects. Et c’est tout simplement passionnant.

De Galilée à Einstein, d’Evariste Gallois à Borges, juché sur les épaules du « montreur » de l’évolution, Jean-Claude Ameisen nous baigne dans l’essentiel bien être du savoir.

Ici, pas de discours destiné à perdre l’auditeur en rase campagne (il faut quand même offrir de l’attention !) mais la jonction et la concordance des grandes fonctions humaines, intellectuelles et physiques.

Et oui, Spinoza le démontrait au XVIIe siècle, le rapport corps esprit est au cœur des débats comme le sait tout pratiquant raisonné des arts martiaux. Le « prince des philosophes » n’avait jamais rencontré, pourtant, de samouraï.

ENFANTS D’EQUATIONS

En ouvrant les portes de la Fondation Cartier jusqu’au 18 mars prochain (dépêchez-vous ! ) une surprise similaire attend le visiteur.

Le cinéaste David Lynch et le mathématicien Misha Gromov vous font entrer dans leur « bibliothèque des mystères », structure en forme de zéro au ciel duquel défilent les objets de l’univers depuis la perle de Planck (le plus minuscule : 10 -33 cm de rayon) jusqu’à l’univers observable (sphère de 10_28 cm de rayon). Sur un écran apparaissent un choix d’ouvrages et de citations à tomber par terre.

Dans une ambiance que l’on aurait plus guère cru possible – des enfants se passent des feuilles chargées d’équations, un enseignant à la retraite explique avec des mots sublimes la théorie des ensembles à côté de robots qui inventent leur propre langue – une rencontre, filmée par Raymond Depardon, a lieu avec les mathématiciens les plus touchants du monde connu.

Pour ceux qui ne connaissaient pas le médiatique et époustouflant Cédric Villani, dandy héraut et quasi adolescent spécialiste des arcanes des gaz et de la géométrie euclidienne, ils vont découvrir que ces formes sont aussi claires qu’indispensables.

Ils vont dévorer les propos d’amis de toujours comme le russe Gromov, le britannique (sir) Atiyah, les français Alain Connes, Jean-Pierre Bourguignon, Nicole El Karoui ou encore l’américain Ddon Bernard Zagier.

Ce dernier, professeur au collège de France, avant une confusion des plus merveilleusement attendrissante face à l’objectif de Depardon, nous délivre un secret : c’est souvent en suivant une piste amusante que l’on découvre un trésor mathématique. Dans la fraîcheur des matins du monde.

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