Quand « Libé » montre la beauté du viable : c’est DeparDieu !

Les temps sont durs pour la presse quotidienne. Lundi 4 février 2013, le lecteur de Libé, certes moins « gauchiste » que jadis, a failli avaler son café éthique de travers en découvrant la une de son canard favori. En bas d’une fausse-vraie une se découpait la silhouette de notre célèbre entremet franco-russe, Gérard Depardieu, vedette (impayable?) d’une publicité pour une agence immobilière en ligne…

Le père putatif du journal, Jean-Paul Sartre, a du , lui, en avaler sa pipe dans sa tombe. Bien que nous lui préférons de loin Camus (légère digression), le philosophe précurseur du « bobo » avait voulu une ligne éditoriale résolument à l’extrême gauche. Il se serait senti sûrement gêné aux entournures de voir son « bébé » transformé en Home sandwich  par … OptiHome.com à la Une.

Le réseau immobilier en ligne ne s’arrête pas là puisqu’il se paye aussi la « Der » : celle-ci étant incontestablement la plus regardée avec la première page. Et puis, tant que nous y sommes, la deuxième page et l’avant dernière car, le lecteur finira bien par le comprendre, son Libé du 4 février est emballé par la pub comme une vulgaire botte de poireaux. Le journal n’arrivera qu’ensuite. Et lui qui ne va pas sur internet pour éviter d’être pollué par les réclames non sollicitées … Il enrage.

CASSE TOI

Ce lecteur, peut-être bien cet abonné, devra se consoler en se disant que son quotidien, qu’il choisit de lire parmi ceux qui surnagent dans la crise qui ébranle le secteur, est contraint de se refaire une santé après l’audace de sa Une « courageuse » sur Bernard Arnault.

Le 10 septembre dernier, Libération souhaitait à l’homme d’affaires français, multimilliardaire et en désir de connaître la douceur du plat pays qui n’est pourtant pas le sien, de faire bon voyage. « Casse toi ! Riche con » titrait l’audacieux quotidien. Reprenant la célèbre invective sarkozyenne.

Ce qui avait suscité un certain émoi au sein du géant mondial du luxe. LVMH avait sucré derechef ses achats d’espaces publicitaires au titre de la rue Béranger. Et, comme les patrons du CAC 40 sont réputés pour leur sens de la solidarité, bon nombre d’entre eux lui ont emboîté le pas.

Résultat des courses : un manque à gagner en terme de recettes publicitaires évalué entre 500 et 700.000 euros. Sale coup pour la fanfare. D’autant qu’au 31 décembre 2012, Libé devait payer le 1,8 million d’euros qui résulte de la dette générée par son plan de sauvegarde de 2006.

Bref, Libé qui a sorti tout récemment la tête de l’eau après une période des plus incertaines, sort l’artillerie lourde pour ne pas replonger.

Ce qui se comprend sur un plan « industriel » mais laisse rêveur au niveau éditorial. Il y avait déjà eu débat lorsque le journal avait offert sa Une au candidat Hollande le 3 janvier 2012.

NOBLESSES

Nicolas Demorand, le directeur de la rédaction, avait plaidé ce choix « pour rendre ses lettres de noblesses à la parole politique ». Et promis que d’autres candidats à la présidentielle auraient droit aux mêmes égards. Générosité visiblement sans suite.

L’arrivée, en 2005 , d’Edouard de Rothschild au capital de Libé avait déjà semé le doute au sein des lecteurs traditionnels du quotidien. Et d’une bonne partie de la rédaction.

L’homme d’affaires, au dernier comptage, détenait 26,64 % du capital tandis que la même proportion était entre les mains du promoteur immobilier Bruno Ledoux. A eux deux, ils forment le bloc de contrôle de la holding « Refondation ». Ce que c’est quand même que la beauté du viable…

Reste que les salariés de Libé n’ont sans doute pas fini de se faire du mouron. Les héritiers du business man italien Carlo Caracciolo (mort en 2008) qui détiennent en héritage 31% du groupe n’ont qu’une idée  : revendre leur parts dès que l’entreprise sera en santé financière suffisante pour les racheter.

La présidente du conseil de surveillance, Anne Lauvergeon a déjà la tête chez l’avionneur EADS, où elle vient d’entrer au conseil d’administration, cette fois. L’ex sherpa de Tonton est poussée par Paris pour prendre la présidence du groupe franco-allemand. Exit ses bons offices en matière de placement du capital …

Bon gré, mal gré, il semble bien qu’il nous faille nous habituer quelque temps encore aux bandeaux du style « Revenez Gérard, on a de bonnes idées pour vos projets immobiliers ».


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La machine de guerre américaine : Alice aux pays des horreurs


Peter Dale Scott, après le remarquable « La route vers le nouveau désordre mondial », vient de publier un nouveau livre d’une richesse étourdissante « La machine de guerre américaine ». (The American Word machine.)

Je ne connais pas d’étude aussi précise d’une période aussi immensément dangereuse que la nôtre.
Certes les Empires, les Royaumes, les Républiques ont leurs secrets d’Etat mais lorsque l’Etat tout entier devient un secret, lorsque dans des nations, dites démocratiques, tout se décide en dehors du peuple, les élections , elles-mêmes, étant sujettes à caution, il faut que le peuple échappe à cette peur qui est celle des modestes face aux puissants et essaie de comprendre vers où l’entraînent des décisions qui vont à l’encontre de son intérêt.
Peter Dale Scott est le Tocqueville de ce temps nous donnant à comprendre comment nous glissons vers un monde qui ne peut être que révolutionnaire s’il veut survivre.

Il s’agit donc de la politique extérieure des Etats-Unis, ce nouvel empire de notre Histoire avec ses héros, ses légendes, ses grottes secrètes, ses cabinets de l’ombre ce que Peter Dale Scott appelle « la politique profonde ». Une politique malheureusement liée au trafic de la drogue.

« Ce livre est dédié aux innombrables victimes de la connexion narcotique globale et à celles qui sont mortes pour l’avoir dénoncé. »
Le sujet est posé. Il fut un temps où ce nom « narcotrafiquant » évoquait quelques mafieux d’Amérique du Sud ou d’Asie ou de Corse même, puisque la pieuvre est universelle.
Et s’il évoquait à présent le nom de ceux-là qui dirigent le monde ?

ALICE AU PAYS DES HORREURS

Et comme Alice se jetant dans un puit inconnu, prenons la main de Peter Dale Scott et suivons-le au pays des Horreurs.
Car nous ne sommes plus des enfants, n’est-ce pas ?
Ce sera à nous et à nous seuls, c’est notre responsabilité dans l’Histoire, de défaire ce nœud de crimes et de donner le pouvoir à cette nouvelle conscience de la vie qui, jour après jour, devient plus vivante, universelle, aussi violente que le dragon qu’elle doit affronter.

On peut certes considérer que tous les Etats, tous les Empires à travers l’Histoire ont des services secrets qui agissent dans leur pays et dans tous les pays en dehors de la légalité. Crimes, tortures, vols, pillages, sans parler des mensonges et des sectes, tout leur est permis.
Etre puissant, c’est avoir les mains sales.
Mais cet état de fait n’est plus acceptable lorsque ces particularités de l’Etat deviennent l’Etat même, lorsque ces Etats, qui se font passer pour des démocraties, n’en sont plus, pire se retournent contre leurs peuples qui sont l’ultime objet de leurs rackets.

Qu’en est-il des Etats-Unis ? De cette fameuse « Machine de guerre américaine » qui est le sujet et le titre du livre de Peter Dale Scott ?
Cette machine coûteuse qui a besoin de tellement de fonds pour exister que le commerce de la drogue et le blanchissement de l’argent sale sont devenues ses mamelles naturelles ?

BRAVES TERRORISTES

Mais voyons quelques détails de cette longue histoire.

C’est le 18 juin 1948 que le conseil national de sécurité créa l’OPC, nouvel organe de la CIA lui adjoignant la tâche d’exécuter des opérations secrètes parmi lesquelles « la subversion contre les Etats hostiles, incluant l’aide aux mouvements clandestins de résistance, aux guerillas et aux groupes de libération des réfugiés. »
(Rien de nouveau sous le soleil. En ce qui concerne la Syrie, le modus operandi n’a pas changé, si ce n’est que les rebellions peuvent aussi se fabriquer. Tant qu’on y est, il y a toujours des mécontents qui, armés, peuvent devenir de braves terroristes amis.)

L’OPC devenait ainsi le OO7 de la CIA : « autorisé à tuer ».
Et ce d’autant plus que l’allié de cet OPC fut le crime organisé dans le secteur de la drogue. Des relations sporadiques avant la seconde guerre mondiale devinrent institutionnelles et protégées.

Mais l’OPC n’était pas le seul organisme à être en contact avec les mafias de la drogue. C’était aussi le cas de l’armée. On sait que Luciano avait aidé les armées US lors du débarquement des Américains en Sicile et qu’en récompense, ils avaient récupéré plus de soixante maffiosi expulsés de Sicile. L’un d’eux Frank Coppola était devenu une source majeure d’héroïne pour des maffiosi new-yorkais comme James Pumeri. Cette alliance entre l’armée US et la Mafia n’était pas secrète. Norman Lewis, un officier des renseignements britanniques rattaché à la 5ème armée des Etats-Unis, écrivait :
« (A Naples) Il devient de notoriété publique que le marché noir s’opère sous la protection d’officiels haut placés au sein de l’AMGOT. (Allied Military Government for Occupied Territories ) » Le colonel Charles Poletti est à la tête de l’AMGOT et Vito Geovese, qui fut un temps le chef de la Mafia états-unienne est à présent son conseiller. »
Bien…
Et dans ce joli monde, il est bien évident que la règle est l’omerta. Arrêtez de dire « Mais il y en a qui devraient parler ! » Non. Dans un couvent de jeunes filles, il y a des bavardages, dans les triades internationales, il y a des morts. Ouvrez votre GPS. Situez-vous.

BOUGNOULES

Le grand ennemi des US, en ce temps-là, les Islamistes étant encore de braves bougnoules, étaient ces affreux communistes. Pendant les vingt années qui suivirent, la CIA dépensa plus de 65 millions de dollars en faveur des anti-communistes italiens. Elle finança même le réseau qui fomenta le coup d’Etat néo-fasciste Borghese qui échoua. (70) Vito Micelli , le général italien ayant supervisé cette opération reçut 800 000 dollars de fonds additionnels de la part de l’ambassade des Etats-Unis à Rome.
Mais donnons la parole à Peter Dale Scott :
« Il est clair que les anxiétés et la paranoïa de ce qu’on appelle la guerre froide ont été des facteurs majeurs dans la promotion du recours para-étatique à la violence. Mais lorsqu’on observe le véritable exercice de la violence secrète par les Etats-Unis depuis 1945-particulièrement dans des pays comme l’Iran (1953) et le Chili (1970-1973)-nous pouvons observer que cette paranoïa typique de la guerre froide concernant la « menace communiste » devint un prétexte récurrent pour dissimuler des motivations bien plus pécuniaires. »

A tout cela ajoutons, comme mode de domination, une corruption généralisée.
Ainsi la BCCI (Bank of crédit and commerce international.) aurait établi « des relations avec des personnalités politiques ,dans la plupart des 73 pays dans laquelle cette banque a opéré, par des versements d’argent ou de bénéfices de la BCCI aux officiels. »
Et Scott de conclure : « Il ne faut pas se leurrer. Il y a interaction permanent et quotidienne entre les gouvernements constitutionnellement élus et les forces du crime. »

Le grand problème, actuellement, est que ces crimes ne profitent pas à tout le monde. Une des raisons du déclin de l’empire Américain est l’inégalité de revenus grandissante entre les riches et les pauvres. La poursuite de plus en plus décomplexée de l’exploitation économique comme justification de la sur-expansion impériale est un aspect des plus alarmants.

GEANTES ROUGES

Scott choisit cette belle et efficace image :
« Tous les empires peuvent être perçus comme l’équivalent des géantes rouges en astronomie : la phase finale comme un processus de déclin dans lequel l’énergie autrefois puissante qui se trouvait au centre de l’étoile se dissipe peu à peu vers la périphérie. L’Empire Néerlandais peut être vu comme la subordination du pouvoir étatique en faveur de la compagnie néerlandaise des Indes orientales et l’empire britannique comme servant les intérêts de la compagnie anglaise des Indes orientales. »

Quel désespoir pour moi de penser que ces si beaux vers de « l’Invitation au Voyage » sont liés aux colonisations barbares des « civilisés ».

Vois sur ces canaux
Venir ces vaisseaux .
Dont l’humeur est vagabonde.
C’est pour assouvir
Tes moindres désirs
Qu’ils viennent du bout du monde.

Je me permets d’autant plus cette parenthèse que Peter Dale Scott est poète ce qui prouve que l’amour de la poésie et de la politique peuvent avoir mêmes racines. Comme chez Platon, l’amour du Beau et du Bien ne sont-ils pas liés ? Heurtés par une Histoire, notre Histoire, où l’horreur se découvre universelle.

Et dans ce domaine, nous sommes gâtés. Scott nous révèle les secrets d’un trafic de drogue mis en place par les US au Laos, en Thaïlande, en Birmanie, puis en Afghanistan où le terrorisme devient la branche armée islamiste de la CIA.
Et les ultimes questions arrivent.
A propos de tous les « grands crimes » qui sont la légende noire de cette nation, le meurtre de John Kennedy ou le 11 septembre, comment s’étonner des complots et des crimes les plus cyniques quand un pays, depuis des années, s’est donné pour alliés des trafiquants et des mafieux qui ont investi sa finance, son commerce, son armée ? C’est un monde de chiffres. Sans aucune considération humaine. Tout est ennemi qui n’entre pas dans la colonne bénéfice. Ce sont des machines qui travaillent pour eux. Et des milices privées impitoyables.

AFFAIRE COURANTE

Tout ceci n’est qu’une approche d’un grand livre d’Histoire qui étudie avec cette précision glaçante ne faisant économie d’aucun nom, d’aucune date, la création d’un Etat profond, celui des Etats-Unis, pour qui le crime est affaire courante. L’Asie, l’Amérique, l’Europe , l’Afrique, le monde est son jardin d’horreurs. Même son peuple n’a pas grâce à ses yeux qu’il immole sans état d’âme. Les Européens ont été, pendant un temps, les enfants chéris des exactions qui se menaient « dans les colonies » . Voilà pourquoi ces peuples sont prêts à être cueillis sans grand effort. Ignorants, prétentieux, ramollis. Un peu de propagande, du soma télévisé, des distractions et peu à peu le collier fatal de l’esclave se serre.
Une autre citation :
« En 1996, la commission du renseignement de la chambre des représentants a rapporté que dans les services d’action clandestine :
« On ordonne à des centaines d’employés dans différents pays à travers le monde d’enfreindre des lois nationales extrêmement importantes…Nous pouvons estimer avec confiance que, plusieurs de centaines de fois par jour des officiers en opération s’engagent dans des activités hautement illicites qui mettent en péril les libertés et des vies humaines. »

TF1

Le résultat de tout cela est là :
« La connexion narcotique globale n’est pas une simple connexion dans la relation entre les agents de terrain de la CIA et leurs contacts impliqués dans le trafic de la drogue. C’est plus exactement un complexe financier mondial, source d’argent sale réunissant des personnalités du monde de l’entreprise, de la finance , de la politique ainsi que des hommes issus du crime organisé. Elle exerce son influence politique en rendant service, en fournissant de l’argent sale ou des prostituées à des politiciens partout dans le monde y compris aux dirigeants des deux grands partis américains. En résulte un système pouvant être qualifié d’empire voilé et qui, dans sa quête de profit et de nouveaux marchés, subvertit les gouvernements étrangers sans proposer une alternative progressiste.

J’aime beaucoup ceux qui, avec cet air supérieur, disent : « Moi je ne vais pas sur internet ! On y raconte n’importe quoi ! » C’est sur internet, chers amis, que l’on parle du livre de Peter Dale Scott. Pas sur TF1 !

Faut-il se suicider après avoir lu le livre de Peter Dale Scott ?
Non, car paradoxalement c’est un livre optimiste.
Il nous informe des dangers, de la réalité crue de notre temps tout en sachant que sont en route les forces de la résistance.

Ma propre vision de l’Histoire est qu’il s’opère, aux niveaux les plus profonds et les moins perçus, un lent développement vers une plus grande humanité et une meilleure communication. »

HOLLANDE

Ainsi il oppose le peuple des Etats-Unis à un gouvernement noyauté par des intérêts supra-nationaux. Toutes les Nations, tous les peuples sont confrontés au péril de « La machine de guerre américaine » qui n’est plus, en fait, « américaine » au sens historique de ce mot, pas plus qu’Israël n’est juif.
L’Empire est un Alien, autre Moloch, que les peuples affamés nourrissent pour des mafias oligarchiques.

Hollande et le PS pour qui travaillez-vous ?
Tous les jours, les réponses à cette question nous angoissent, vous, dirigeant notre pays, sous des airs de démocratie par la grâce de lois trafiquées à Bruxelles. La prochaine, celle instillée par le Medef, autre tête de l’Hydre, sera un bouquet, offert aux entreprises, petits valets de la finance, composée des têtes de tout un peuple ouvrier.
Tout le monde sait que l’austérité n’est qu’une canaillerie.
Jusqu’à quand garderez-vous le masque ?
Comment est-il possible que votre ministre du budget, Cahuzac, soit un homme riche ayant employé pendant un an et demie une femme de ménage philippine au black pour des sommes dérisoires ? Comment est-il possible ayant été condamné par la justice qu’il soit encore en fonction ? Quel respect de la Loi pour un homme devant la faire respecter !

Mais je veux terminer sur une citation de Peter Dale Scott, cet homme sensible, courageux et brillant :

Les mafias et les empires ont certains éléments en commun. Les deux peuvent être considérés comme l’imposition violente et systématique de gouvernance dans des zones sous-administrées. Les deux usent d’atrocités pour parvenir à leurs fins, mais semblent également être tolérés tant que les conséquences de leur violence contrôlée sont moindres que celles engendrées par la violence non contrôlée. Avec prudence, je propose de considérer qu’une différence majeure entre les mafias et les empires est la suivante : avec le temps, les mafias ont tendance à s’intégrer de plus en plus à la société civile dont elles ont transgressé les lois par le passé, tandis que les empires ont une propension à se déconnecter de manière croissante et irréconciliable des sociétés qu’ils dirigeaient .

Ne le vivons-nous pas ?
Achetez ce livre, lisez-le, faites-le connaître.
Merci Peter Dale Scott.

http://www.editionsdemilune.com/communique-de-presse/La-machine-de-guerre-americaine/


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Crise financière : Et l’Islande ne banquât pas …


Les Islandais réputés impayables ne paieront pas. La cour de justice de l’Association européenne de libre-échange (AELE) a estimé finalement que l’île ne banquera pas pour les banques privées.
Une jurisprudence qui va sans doute troubler le sommeil des financiers et des gouvernants. A moins qu’ils ne s’entendent une fois de plus pour trouver une imparable parade.

En attendant que les directions se triturent les méninges, nous ne pouvons qu’espérer que la nouvelle ne soit pas passée inaperçue en Grèce ou encore en Espagne. Dans la rue.

Même si les « faillites » de ces deux membres de l’UE sont assez différentes, il n’en demeure pas moins que les nouveaux usuriers y sont regardés de travers par des populations exsangues et peu enclines à leur pardonner leurs embarras de gestion.

BANQUEROUTE EN LIGNE

Donc, le président islandais, Olafur Ragnar Grimsson pavoise et sort les feux d’artifices. La justice lui a emboîté le pas et libère le contribuable de Reykjavik (et alentours) de fouiller leurs poches pour rembourser les déposants étrangers victimes de la banqueroute en ligne de Icesave, filiale de Landsbanski, première banque privée du pays.

Souvenons nous, après la faillite de la maison-mère, l’Islande avait du dare-dare prendre à sa charge son système bancaire et « nationaliser les pertes » après des décennies de bénéfices enrichissant le secteur privé.

La faillite d’ Icesave avait plongé l’île dans un haletant feuilleton politico-financier suivi avec anxiété par le monde des banquiers en émoi. Cette banque en ligne représentait la modique somme de quatre milliards d’euros de dépôts.
Pas de quoi fouetter un Jérôme Kerviel mais comme lesdits déposants étaient principalement british et néerlandais, ce furent Londres et La Haye qui raquèrent. Mais présentèrent derechef la petite note à Reykjavik.

EI,ENGU OU EKKERT ?

Et là, ça a vivement toussé. Le chef des Vikings Olafur Ragnar Grimsson (on se croirait dans Astérix) a tapé du poing sur la table et interrogé le clan des contribuables par référendum et par deux fois (2010 et 2011).
Même réponse : « Nibe ! », ce qui implique une forte négation dans l’idiome du coin. (NDLR : en vrai : ei,eigi,ekkert,ekki,engu. Et oui, ces gens là ont cinq manières d’envoyer un banquier sur les roses ! )

Du coup, la Commission européenne, fort marrie de voir l’Angleterre et la Hollande le bec dans l’eau) poursuivait l’Islande devant les tribunaux arguant qu’il y avait violation de la directive selon laquelle il devait y avoir un minimum de 20.000 euros de garantie pour les déposants (100.000 à présent) d’une banque en faillite.

ETRANGER AUX AFFAIRES

Le hic est que si l’Etat est contraint de créer une telle garantie, rien de l’oblige à la garnir en deniers publics, rétorquait l’Islande. L’AELE lui a donné raison dans un jugement… définitf.

Reykjavik, malicieuse, proclame que cette décision de justice « représentera un exemple pour les années à venir dans les annales de la loi européenne » par la voix du ministre des affaires étrangères
Ossur Skarphedisson. Et visiblement  « étranger aux affaires » des banquiers de tous les pays, unis ou non.

En résumé : qui a dit qu’on ne pouvait pas intervenir contre les Goldman Sachs de tous poils ?
Pas notre Cahuzac national, gageons le ….


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Zero dark Thirty : Oussama l’air un tantinet ennuyeux !

« Zero dark thirty » (« Minuit et demie ») est le dernier film de la réalisatrice Kathryn Bigelow. L’ex épouse de James Cameron, remarquée pour les « Démineurs, présente ici une étude quasi documentaire des recherches qui ont précédé la mort de Ben Laden.

Le premier problème est là, en dehors de toute polémique sur les faits. Ne sachant choisir entre doc et réalité romancée, puisque portée par des personnages sans caractère, elle livre un film ennuyeux, lent, qui ne permet aucune empathie.
J’en viens à me demander, et c’est la question que je pose, sans vous demander de la résoudre car payer pour voir une daube, mieux vaut aller au restaurant.

Je me demande donc si :
1- KB a voulu faire un film de propagande montrant le courage des US, d’une fille US , si courageuse, (snif !), qui jamais n’arrête sa quête et reconnait enfin le corps de son ennemi qu’elle n’a jamais vu (on y reviendra. )
2- -Si KB est un membre actif mais secret de Reopen 911 qui a voulu démontrer que toute cette histoire est du boudin
3- Si KB, convaincue de la réalité de cette opération et la mettant en scène, s’est rendue compte, mais trop tard, que c’était invraisemblable.

LANDRU

Il paraît que ce film soulève une grosse polémique aux US tant du côté démocrate que républicain. A propos du problème de la torture dans les prisons. Ce qui ne me paraît pas le plus important. Ce qui me paraît le plus important est que ce film ressort une histoire ancienne à laquelle la plupart croyaient, en nous la présentant, involontairement, comme douteuse. (C’est un petit peu comme si Landru avait raconté que ses victimes se mettaient elles-mêmes dans le poêle et, qu’au moment de le filmer, on se rende compte, quand même, qu’à montrer c’est bizarre. )

Autre point qui doit aussi, un tantinet, énerver les patriotes, c’est que les Américains sont présentés comme des bourrins. Ainsi le blondinet joufflu qui torture en ouverture est aussi crédible que Hollande dans le rôle d’Alexandre . On a beaucoup parlé de ces scènes de torture et KB les montre car elle se veut honnête. En particulier celle où le blondinet met une laisse autour du cou de son terroriste et le promène à quatre pattes. Le dire et le voir sont deux choses différentes. Le dire est horrible. Le voir est ridicule.

L’héroïne, Jessica Chastain, est paraît-il excellente comédienne. Mais pas dans ce film. Car elle n’a rien à jouer. Ce qui est fatal même à Marlène Dietrich. Elle arrive sous un tchador dans la salle de torture puis, quand le blondinet parle d’arrêter, enlevant son masque elle dit : « Non ! On y retourne ! » Et elle y retourne en effet, dans un tailleur pantalon à la Yves St Laurent qui lui dessine ses jolies petites fesses en contre-jour. Pendant ce temps le torturé, le seul sympathique du groupe, s’avale trois litres d’eau puis est enfermé dans une cage à poules.

Cela dure plus de deux heures quand même, non pas la torture de ces islamistes si sympathiques, mais la torture de ces spectateurs qui n’ont rien d’intéressant à se mettre sous la dent.

DE CENTRE « NOIR » EN CENTRE « NOIR »

Pendant ces deux heures on se déplace de centre « noir » de la CIA, en autre centre « noir » de la CIA et ils en ont beaucoup. Il y a là des tas de gens et des tas d’armes et des tas de crétins haut-gradés qui vont et viennent et on se dit : « Mais putain ! Combien ça coûte, cette connerie ??? » (Car il y en a tout de même parmi les spectateurs qui savent que Ben Laden est mort depuis 2002 ! Mais passons !)

(Là, j’ai un trou. Car je me suis endormie au bout d’une heure quarante cinq de recherches pointilleuses menées par des personnages inintéressants. Bel exploit quand même de ma part.)
Je suis donc réveillée par un vacarme d’enfer. C’est enfin le début de l’assaut de la villa où a été repéré Ben Laden.
C’est à partir de là que tout se gâte.
Je veux parler de la vraisemblance.

Quoi ? Etait-il nécessaire d’harnacher nos marines comme des Aliens d’une guerre des étoiles sur Mazda ? Leurs très jolies lunettes à cinq longues vues qui nous font voir tout en vert montrent un haut niveau de technologie qui permet de retrouver la vision primitive de certains insectes. C’est le progrès.
On les met donc dans des hélicoptères qui font plus de ramdam que dix boeings ce qui est évidemment une manière discrète d’atterrir. D’autant plus, les initiés le savent, qu’un des hélicos va se planter sur le mur d’enceinte. Là aussi, je pense que tous les Texans américains n’étaient pas au courant. Ils en étaient restés à : « Ben Laden est mort ». Et apprendre que leurs troupes ne sont pas foutues de conduire un hélico qui se promène au-dessus d’une banlieue paisible sans aucun ennemi à l’horizon, c’est quand même froissant pour l’orgueil national ! C’est quand même une équipe haut de gamme de l’armée américaine, ces Marines !

POTELEE

Mais les questions continuent.
Comment se fait-il que Ben Laden ait choisi une villa sans souterrain ? Les plus pauvres des Gazaouis savent faire ça et lui, non ? Le maître de Tora Bora ? Bon. On va dire qu’il était devenu un vieux papy. Admettons.
Et l’on assiste à l’assaut. Que dire ? Dans la villa, trois gus, des femmes et des enfants. En face les Mazda guns. L’affaire souffre d’une certaine disproportion. D’autant plus que les mecs sont trucidés vite fait. Pas les femmes ni les enfants qui crient et tremblent dans une chambre. Ce qui prouve que les tireurs sont quand même capables de ne pas tirer !
Le shoot de Ben Laden est assez cocasse . Grand moment comique. Un Marine pousse une porte et chuchote : « Oussama ? Oussama ? » Eclats de rire de toute la salle ! C’était quand même censé être un moment dramatique.

Une forme passe qui se fait exploser. Est-ce lui ? N’est-ce pas lui ? Comme à aucun moment on ne voit sa tête, le public reste dans un doute subtil .
On nous épargne quand même l’épisode où Obama et Clinton assistent en direct à la scène et où Miss Clinton met sa main potelée devant sa bouche tellement c’est horrible. Il est évident, quand on voit la réalité de l’expédition, que c’est impossible. Comment imaginer dans un assaut aussi tendu qu’on fasse une retransmission BFMTV en direct ! Ah ! Ils en font trop ces scénaristes de la maison blanche ! Et quand je pense que Sérillon suit la même voie avec son chef de guerre qui veut éradiquer le terrorisme, on n’en a pas fini !

Une autre scène nous sera épargnée. Celle où on balance le corps à la mer. J’avoue que cela me manque. Je l’imagine pour vous :
-Hé Bill, qu’est-ce qu’on fait du corps ?
-On le ramène pardi !
-Mais si c’est pas Ben laden ?
-Ben…
-On vient de me dire qu’il vaut mieux le balancer.
-Ah ! Bon ? Mais où ?
-Dans l’Océan.
-Mais quel océan ? On est sur l’Himalaya.
-On s’en fout !
C’est alors qu’une porte s’ouvre, que le vent fait voler les cheveux de Jessica, et que le corps plonge vers les eaux rutilantes de l’Océan. (Pardon des montagnes)

AVALER

Mais le film finit quand même sur une scène tout aussi ridicule.
A qui ramène-t-on le corps de Ben Laden ? A Jessica la rouquine. Logique. Elle fait glisser la fermeture éclair de la housse verte, comme une housse de golf. Le nez de Ben Laden dépasse un peu, c’est tout ce que le spectateur en verra. Elle l’observe un instant très bref qui suffit à reconnaître quelqu’un qu’elle n’a jamais vu, bien qu’il soit sans doute en bouillie, et regarde un militaire en hochant la tête ce qui signifie : « Oui ! C’est lui ! »
Et le militaire note : « Reconnaissance visuelle du témoin ».
Et Jessica part seule dans un avion et pleure…

Bon. Bullshit, comme disent nos amis Américains.
Et bravo à Kathryn Bigelow qui a réussi à faire comprendre à toute la planète, du moins à ceux de la planète qui ont plus de trois neurones, qu’il est absolument impossible que des gens sensés aient mené une telle opération, telle qu’elle nous a été racontée et telle qu’elle nous est montrée.
Et tous mes regrets aux familles des marines qui ont participé à cette expédition et qui malheureusement sont morts lors d’une autre expédition en Afghanistan. Quel dommage !
(Il en reste quand même un qui sort un livre. C’est celui qui a tué Ben Laden. Le plus intéressant nous est tout de même resté ! )

A propos du 11 septembre, je voudrais finir là-dessus.
Certains ne peuvent absolument pas accepter l’idée que le gouvernement des Etats-Unis, noble Amérique qui nous a libéré des Nazis, puisse avoir monté un coup aussi insensé : faire démolir les deux plus belles tours de son territoire et tuer 5000 des leurs dans la plus belle ville du monde.
C’est impossible.
Ou leur monde s’écroulerait.
Ils ne pourraient pas vivre dans ce monde-là.
Je crois que c’est la même résistance que l’on rencontre quand on est athée et qu’on dit à un croyant : « Ton Dieu n’existe pas. »
Comment expliquer le monde si Dieu n’existe pas ? C’est trop absurde. Certains hommes ont besoin d’ordre, de définitions. D’une claire répartition du Bien et du Mal.
Ou, comme lorsqu’on est membre d’une famille, et que certains disent que le père viole ses filles. Le père si noble et si riche.
On ne peut pas le croire.
Ou comme lorsqu’on a voté socialiste et que les « socialistes » sont les alliés des ennemis du peuple.
Oui, dur à avaler.
Dur d’ouvrir les yeux pour naître dans un enfer.

PANDORA

Et pourtant…
Les non-initiés commencent à savoir qu’Hitler a pu être Hitler grâce à l’aide des multinationales américaines qui aidaient Staline tout autant.
Que les banques américaines, certaines dirigées par des Juifs, changeaient en dollars, pour Hitler, les marks des Juifs envoyés dans les camps.
On sait que le mensonge, tout autant que l’argent, est le nerf de la guerre.

Mais croire qu’une telle inhumanité soit possible, accepter de décimer les siens par profit, c’est impossible. ..
Sortez alors de cette dernière affirmation.
Ce ne sont pas ce jour-là des Américains qui ont laissé tuer des Américains.
Ce sont des criminels internationaux qui ont fait un hold-up pour en préparer d’autres.

La liste des noms, maintenant…Avec des noms américains, israéliens, russes, saoudiens, pakistanais, et d’autres ?

Merci Kathryn. Je sais que tu es des nôtres.
La femme de Cameron qui, dans Avatar, montre le peuple de la Nature qui balaie, sur Pandora, le peuple des intérêts cruels !
Yes ! Go on freedom !


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Pas Gays-Gays, Gauche ou Droite : complexés ou décomplexés !


Il y en a qui protestent, qui revendiquent et qui contestent : moi je ne fais qu’un seul geste, je « décomplexe », chanterait Dutronc si il daignait sortir de son village corse de Monticello. La mode est au « décomplexé », on se lâche à tout va. Qui n’a pas utilisé la formule dans les derniers mois dans le monde politique (au sens large) ?

La paternité du concept revient à notre Sarko de la lumière et de l’ombre. Quelques jours après son élection de 2007, poussé par l’ivresse de la victoire, il avait déclaré : « Les français vont voir ce que s’est qu’une droite décomplexée ».

A peine fini sa phrase, il bouclait ses valises pour sa célèbre croisière sur la yacht de son copain Bolloré. D’ailleurs, une fois en maillot cet été là, passé à la postérité par les paparazzis, on lui refaisait la silhouette : Exit les bourrelets ! Finis les … complexes.

Comme la formule était épatante pour se payer la fiole des perdants de l’univers, la ligue des revanchards de toutes les coteries s’est unie pour en user et en abuser. Et on a décomplexé sans retenue et à propos de tout et de rien.

DSK

Jean-François Copé, qui cherche toujours son inspiration dans le Leader Minimo (plus grand encore post Elysée) s’est mis à son tour à réclamer – après les tannées de mai et juin 2012 – une « droite décomplexée ». A croire que l’UMP n’y était pas parvenue cinq ans plus tôt malgré les efforts méritoires du paquet fiscal ou la réforme des retraites.

Plus récemment, le site Atlantico.fr titre « Depardieu : la Gauche décomplexée est arrivée et ça va faire mal ! ». L’article est signé Arnaud Dassier, l’ex monsieur internet de Chirac et de Nicolas Sarkozy.

On attribue à ce fiston de l’ex patron de LCI (Jean-Claude) le tweet publié en 2011 dans de fascinantes conditions de rapidité informant la terre entière – dont le ministre de l’intérieur de l’époque Claude Guéant – de l’arrestation de DSK à l’aéroport de New York en venant du Sofitel maudit … Ca c’est du scoop décomplexé en diable !

Et les derniers jours ont vu l’arrivée d’une « homophobie décomplexée », dixit Nicolas Gougain, porte parole de l’Inter – LGBT à l’origine de la manifestation du dimanche 27 janvier des partisans du Mariage pour tous.

Decomplexés sans doute, homophobes pas tous nous l’espérons , les marcheurs de la « Manif pour tous », deux semaines auparavant étaient de 320.000 à 800.000 (selon l’air connu) à applaudir ce qu’ils estiment être les « vrais » papas – mamans.

Sans aucun complexe.


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L’image de soi : Cette cage dont nous fermons nous même la porte

La liberté est une immense richesse. D’elle découle l’inaliénabilité des choix de l’Homme, de son expression. La rogner, de quelque façon que ce soit, conduit immanquablement dans l’impasse et empêche toute forme de progrès.

Ceci se vérifie dans l’Histoire. Et n’épargne pas les Budô (arts martiaux japonais), bien évidemment. En ce domaine, le plus terrible est que non seulement la liberté est détournée par les « détenteurs du savoir » mais aussi, plus ou moins consciemment, par ceux qui en sont les légitimes propriétaires : c’est-à-dire nous même.

De fait, nous nous retrouvons, dès nos premiers pas sur le tatami, enfermés dans une cage que d’autres ont construit à dessein de contrôle mais dont nous fermons seuls (et trop souvent docilement) la porte à clé.

Bien sûr, nous ne nous emprisonnons ni clairement, ni franchement. Nous y avons été aidés insidieusement par un système huilé et incroyablement efficace. Car il puise au plus profond de notre « moi ».

ARAIGNEE

En effet, notre désir d’apprendre, de chercher surtout, est, pour la grande majorité d’entre nous infiniment moins fort que celui de paraître.

Paraître dans notre geste, paraître au sein du groupe et dans ce qui régit celui-ci. Notre place, très vite, n’est pas celle que l’ardeur à l’étude devrait nous offrir, sans ostentation, mais bel et bien celle, subjective, à laquelle notre « image » nous permet de prétendre. C’est là que le piège se tend, que la toile d’araignée se tisse.

Il convient sans doute de s’arrêter afin d’examiner la composition de cette image.

Chacun possède une conception de ce que le « physique » doit renvoyer. Sommes-nous « assez » fort, souple, rapide etc … ? Cet « assez » n’est pas, certes, écrit quelque part, dans un document détaillé qui fixerait tel ou tel niveau de qualité. Mais l’objectif est là. Un peu comme un ogre insatiable.

De plus, nous sommes, la plupart du temps, de très mauvais juges de la « condition physique » qui est la nôtre. Combien de pratiquants (es) capables de réaliser un grand écart avec écrasement facial ai-je vu depuis des décennies lors de l’échauffement devenir de vrais bouts de bois quelques instants plus tard ? Il y a gros à parier que l’image du physique venait alors brutalement percuter l’image du mental.

A ce titre, également, tout se brouille très vite sous la pression de l’extérieur. L’acquis formel vole vite en éclat dès lors que la problématique de l’échange est importante, que le rythme n’est pas conforme aux attentes. Normal, direz-vous car on ne peut faire que ce que l’on sait faire.

LORGNETTE

Mais au-delà, s’instaure très vite une forme d’auto censure qui bride toute velléité d’expression personnelle qui permettrait éventuellement d’apporter une forme de réponse martiale. Et, objectivement, une perte dirigée de la confiance en soi.

Et c’est précisément ici que se situe le siège de la « maladie » . Il y a une image « officielle » du savoir. Alors que celle-ci devait être prise au grand angle, elle ne propose qu’une vision effectuée à partir du « gros bout de la lorgnette ».

Les « reporters » de cette photographie, n’ont, bien souvent, jamais été correspondants de guerre. En d’autres termes, ils ont ramené un témoignage limité à ce qu’ils ont compris de leur source – ce qui semble normal – mais, ce qui est bien dommage, limité à leur propre volonté de recherche du sens.

Voilà pour ce qui est de l’image du savoir « reçu » par les enseignants. On n’ose imaginer ce qu’il en est de celle du savoir « transmis » aux pratiquants …

Ces images sont subjectives et vides de sens. Elles sont superficielles et démonstratives. On se souviendra que Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido, estimait que toute démonstration de son art, passant par une mise en scène de ce dernier, était purement et simplement mensongère.

IMPOSTURE, SENSATION ET GALOP

De surcroit, ces images de savoir ont fabriqué une image de « pouvoir » des plus aléatoires pour l’élévation de la pratique. Elles posent surtout l’épineuse question de la relation « Maître-Elève ».

A ce jour, la position de Maître dans l’enseignement des Budô intègre assez peu que, pour exister, elle doit s’interpénétrer avec celle de disciple. Ces deux entités forment un tout axé sur la recherche idéale, débarrassée de l’ego, de toute idée de … pouvoir. Et de mercantilisme.

le chasseur d’impostures

Allant à l’encontre de ce principe, la forme d’enseignement actuellement privilégiée est dangereuse. Il faut empêcher les « experts » (les guillemets sont ici très importants) de « confisquer notre capacité de penser, de délibérer, de décider », explique Roland Gori professeur de psychopathologie clinique à l’université Aix-Marseille 1 et auteur du récent ouvrage « La fabrique des imposteurs ».

Sans le savoir, Roland Gori offre une piste aux pratiquants. « La voie de sortie de l’imposture emprunte le chemin de la création et de l’inventivité », déclare-t-il sur France Info.

Si il y a bien une valeur qui est singulièrement absente du discours des experts de tous poils, c’est bien celle de la « sensation ». Et pour cause, elle chemine de conserve avec l’expression personnelle, par essence incontrôlable. Et surtout avec le naturel et le sens de la pratique.

La volonté de contrôle a donc chassé le naturel et contrairement à ce qu’avançait Destouches dans la pièce de théâtre « Le Glorieux », une fois chassé, le naturel ne revient pas au galop.


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